Soutien au syndicat Solidaires 35

Dégradations policières facturées à un syndicat. Le #PS fait jouir la Droite canal historique et le #FN.

LES Elus du Front de Gauche de Rennes

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Alors que la droite, le FN et la Majorité municipale rennaise sont vent debout contre Solidaires 35, souhaitant leur extorquer plus de 46 000€ afin de rembourser les frais liés à l’occupation de la Maison du Peuple, les élus du PG souhaitent leur réaffirmer leur soutien.

Il s’agit là d’une injonction purement politique pour plusieurs raisons.

D’abord ce syndicat a accepté de signer une convention d’occupation d’une semaine avec la Mairie sur demande de cette dernière, sans pour autant qu’il y ait une quelconque caution de demandée ou un quelconque état des lieux d’entrée et de sortie. Personne n’est donc en capacité de dire précisément quels sont les frais réellement liés à l’occupation de 13 jours.

Ensuite, les quelques éléments que nous avons en notre possession montrent l’illégitimité de cette somme. Par exemple, la porte principale a été brisée suite à l’intervention des forces de l’ordre. Intervention demandée par la…

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Un loup rouge guette un mouton noir

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Un loup rouge
guette un mouton noir

(Pictoblabla)

Juché au sommet d’une pile de journaux, un glouton rouge guette un mou tout noir. Comme un prosélyte de secte observant une victime bientôt mûre…

Mais… D’ordinaire… Ce sont les Rouges qui sont des moutons noirs ! Et les loups se font alors passer pour de bons bergers. C’est comme ça dans les journaux télévisés.

« Un mouton noir ! » y dit-on aux moutons blancs. « Au loup ! Au loup ! » Qui est bien attrapé ? Le mouton rouge. Car voici la règle : seuls les puissants ont le droit d’être rouges – et ils ne manquent jamais de l’être entre eux.

« Voici ta règle : serviteur, tu es un mouton que j’ai distingué. Sois un loup pour les autres moutons ! Peut-être te teinterai-je de jaune pour marquer que tu es à moi, et chacun alors admirera ton statut précieux. »

« Et voici la règle générale du bétail : ô moutons, restez bien blancs, rêvez bien jaune et surtout, surtout fuyez le rouge ! Car le rouge, c’est le loup ! »

Le Rouge c’est le Loup. Le Rouge c’est le loup. Le rouge c’est le Loup. Incontestable vérité enrobée d’un gros mensonge par omission. Magie du verbe ! Au jeu des majuscules dites et non dites, le lecteur est toujours perdant. Le journaliste : « Ah, mais je n’ai jamais écrit ça ! »

Juché au sommet d’une pile de journaux, un glouton rouge guette un mou tout noir. Il parle, et ses serviteurs vont répétant : « Car la guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force, et le mouton noir c’est le mouton blanc. » Et le rouge c’est le Loup ! Mais ça, on ne vous le dira pas. Sauf les Pinçon-Charlot.

FIN

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De la race

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« Il existe une seule race, et c’est la race humaine ». Au dix-neuvième siècle, cette affirmation progressiste et généreuse était valable, puisqu’on n’avait encore que peu d’idées concernant la notion d’espèce et de sous-espèce, qu’on englobait sous le vocable de “race”. Aujourd’hui, une telle proposition est fausse du sol au plafond.

Je rappelle qu’une espèce est un ensemble d’individus compatibles sexuellement, et dont la descendance possède une tendance très lourde à être fertile. Pour sa part, une sous-espèce est un sous-groupe de l’espèce, qui, pour des raisons environnementales, s’est retrouvé isolé et confiné génétiquement, au point de développer des caractères qui ont rendu les individus de cette population incompatibles sexuellement avec les membres de l’espèce parente. Il y a des affinités criantes avec l’espèce parente, mais c’est terminé : les deux groupes ne se mélangeront plus, et la sous-espèce acquerra au fil des millions d’années le statut d’espèce à part entière, ou bien elle s’éteindra… ou alors c’est l’espèce parente qui disparaîtra. Ci-dessous, voici trois groupes d’ormeaux de l’Atlantique sud-est : du nord au sud, Haliotis marmorata speciosa nommé par Lovell Augustus Reeve, Haliotis marmorata stricto sensu identifié jadis par le baron Carl von Linné, et Haliotis marmorata geigeri détecté par moi s’il vous plaît, et décrit par mon camarade Buzz Owen de Californie, qui a fait un énorme travail de ménage dans la série africaine.

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De ces trois sous-espèces, nul aujourd’hui n’est en mesure de dire laquelle est issue de laquelle, ou si elles sont issues d’un parent commun aujourd’hui disparu ; la taxinomie ne fait souvent qu’établir une carte instantanée des ensembles vivants, et seule une patiente étude paléontologique peut, parfois, établir l’ordre des apparitions, exposer les filiations, dire les héritages.

Quant à la race, les scientifiques ne savent qu’en faire. Dans la nature, les races sont en effet fort peu détectables. C’est une notion qui est surtout utile dans l’élevage des animaux domestiques, chats, chiens ou bétail, où l’on accentue à dessein un ensemble de traits jusqu’à obtenir un type qui fera l’objet d’une convention et d’un ensemble de normes. Il est alors facile d’isoler ces races pour en empêcher les mélanges, mais dans la nature (qui a horreur du vide), il en va tout autrement. Voyez ci-dessous une cartographie, très sommaire, d’une espèce de pétoncle de l’atlantique nord-est : Æquipecten opercularis (Linnæus, 1758). Une cartographie un peu plus complète devrait tenir compte des interactions toujours possibles entre des membres situés sur des quadrants opposés, et, pour bien faire, il faudrait même la bâtir en trois dimensions. Elle aurait alors l’apparence d’une sphère. Mais enfin, telle qu’elle est, on voit déjà les relations actuelles qu’on peut établir entre différentes “variantes”… ou “races” (cliquez sur l’image pour en charger une version plus large).

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Certains individus sont affectés d’un label : voici les types des variantes, ou races, qu’on peut nommer pour les distinguer : à gauche voici la race blanche, en haut la race orangée, à droite la race marron, et en bas la race violette. Elles portent des noms latins parce que ça fait plus chic. C’est comme pour les humains : les blancs, les jaunes, les rouges, les noirs.

Voilà pour la peinture. Mais on peut aussi distinguer ces pétoncles non plus par le critère des couleurs mais par celui des motifs : à rayures ou bien marbré ? Ou bien uni ? Pour les humains, nez fin ou nez épaté ? Nez court ou nez long ? Car on trouve tous les nez, dans toutes les couleurs. Et ne parlons pas des cheveux.

En fait, puisqu’elle est la désignation d’une quintessence de certains traits arbitrairement choisis pour des raisons esthétiques ou utilitaires, la race n’est jamais qu’un point sur mon cercle de coquilles, ou sur un disque, ou dans une sphère. Tout y conflue, tout s’en écarte, rien n’y est exactement conforme. Voilà bien la nature, toujours à grouiller, à faire des nuages.

La race !

Et donc les scientifiques refusent de manipuler ce truc-là. Quant aux éleveurs, ils font leur beurre avec. Et les marchands de coquillages de collection aussi. Ou de poissons d’aquarium. Ou de rosiers. Bref, les races, ça existe, même si c’est flou et donc toujours incorrectement définissable. Disons qu’une race, c’est un secteur morphologique centré autour d’un type dont le choix comme canon est toujours discutable mais qui est malgré tout décrété représenter le centre d’équilibre du coin…

Voilà pour la notion de race de ce côté-ci de l’Atlantique. De l’autre côté, on en fait des livres et même des discours présidentiels, mais ici en France, parler de race est très mal vu. Je trouve ceci dommage. Pas au point de n’en plus dormir la nuit, mais enfin voilà encore un mot qu’il ne faudrait plus prononcer. Or, les races, ça existe encore un peu malgré tous nos mélanges, alors pourquoi s’en taire ?

On s’abstient de prononcer ce mot car il a été souillé par les racistes. Je rappelle qu’un raciste est quelqu’un qui considère qu’il y a des races supérieures à d’autres, et que la sienne est supérieure à toutes. Il y a des racistes noirs, des racistes blancs, des racistes jaunes et peut-être aussi des racistes rouges, allez savoir. Après tout la nature grouille, il faut donc bien qu’elle grouille de cons – en France, où l’on aime à être remarqués, nous sommes très nature en ce moment.

Eh bien ça ne fait rien ! Utilisez le mot “race”, même si c’est une fois par an. On se fait voler tant de mots, pourquoi en pas en repiquer un, même s’il n’est pas très utile ? Je me dis souvent qu’utiliser proprement un mot qui a été maudit, c’est déjà le nettoyer.

N’en avez-vous pas assez du regard des autres, qui vous malmène alors que vous, vous, vous n’avez rien à vous reprocher ? La race mérite bien un coup de langue. Pensez que vous dépouillez les affreux d’un de leur biens les plus précieux. Faites-le pour la République, ça fera passer le goût.

Je recommande la lecture des articles Race humaine et Racialisme sur Wikipédia. Je ne savais pas que le racialisme existait… C’est étonnant tout ce qu’on peut dire sur des notions aussi matériellement ténues… Étonnant, instructif, et curieux… Allez-y voir car après tout, qui sait de quoi demain l’humanité sera faite ? Avec quels mots défendrez-vous la liberté de l’espèce quand des eugénistes au service des princes-marchands de la planète voudront concevoir une race de soldats, une race d’ouvriers-forçats, une race de mineurs de fond, une race de marins à la peine, de scribes riquiqui ou de sportifs inextinguibles, et qu’ils vous diront qu’il s’agit juste de variantes, parce que tout de même « parler de race, pouah, c’est raciste » ? Ôtez-vous un mot de la bouche, et sa notion se recule dans l’ombre, prête à servir les habitants de l’ombre, et à vous nuire. Ne lâchez jamais rien aux brutes, ils donnent tout aux vampires.

Ci-dessous, coquillages à pourpre phénicienne, de races noire à blanche, avec ou sans épines, avec ou sans rayures. En fait, les milieux lagunaires encouragent le mélanisme chez les mollusques testacés, ce qui fait qu’il y a des noirs partout, dans le monde entier… Ils ne sont pas regroupés dans un bassin génétique distinguable… C’est ballot, hein ?

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FIN

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L’espion Léon IV

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Pictopoésie. Le principe est le suivant : je prends une image, je l’envoie à un camarade poète qui m’en trouve un titre. À partir de ce titre, je déroule un texte, rimé ou non.
 

L’espion Léon IV

Dans l’univers pénitencier
De la finance souveraine,
Des amateurs de marjolaine,
De fruits fertiles, de bonne laine,
Mangeurs de frais, donneurs de graines,
Et pour cela objets de haine,
Terrorisaient un semencier.

Procès, griefs, exploits d’huissiers,
Éditoriaux accusateurs,
Télés à charge au vingt-heure,
Fielleux préfets, flics piétineurs,
Nuées d’avocats pinailleurs,
Sans oublier les inspecteurs…
Le marchand voulait supplicier.

Il fallait des informations.
Personne n’est jamais tout blanc.
Il y a toujours un tire-au-flanc
Qui suit la règle à contre-temps
Et manigance dans ses champs
De l’illégal, du boitillant :
Il fallait avoir un espion.

On lança un petit Léon,
Quatrième en son escadrille :
Un papillon, roi de la vrille,
Un drone en soie qu’on dégoupille
Pour épier dans les myrtilles,
À l’affût des moindres vétilles ;
Talentueux caméléon.

Le robot fila dans le vent,
Échappant à tous les oiseaux,
Évitant mille taupiniaux
Et autres crottes d’animaux
Qu’au ras du sol nos rois du bio
Tolèrent en leurs domaniaux.
Le marchand dit : « C’est dégoûtant ! »

« Qu’est-ce qu’ils font chier, ces écolos
Avec leurs hirsutes plantouilles,
Leurs mares pleines de grenouilles,
Leurs inutiles haies où grouille
Une vermine qui s’épouille.
On va pas rater ces andouilles :
Pose-toi là, près des sureaux ! »

Mais un destin des plus nocifs
Guettait le robot travesti.
Transportant un vert puantis
À base de purin d’ortie,
Un vieux zadiste en répartit
Sur la zone où Léon, blotti,
Attendait ; ce fut corrosif.

« Mon drone ! » hurla le semencier.
Léon crevait, exclamatif,
Couinait des bips répétitifs
Faisait des bulles, fermentatif,
Suivies d’un râle accusatif.
Le financier tira ses tifs :
« J’vais vous niquer, tas de sorciers ! »

« Bougnoules ! Drogués ! Gauchistes !
Puisque c’est ainsi, nous allons
Armer cinq-cent mille frelons
Qui lâcheront leurs aiguillons
Plein d’OGM dans vos melons !
Policiers, à moi ! Bousillons
Cette clique terroriste ! »

Ainsi fut fait. Car il faut bien
Qu’à la toute fin la justice
Dise son fait au subreptice
Clampin dont la vie peu factice
S’accommoderait d’interstices
Et d’une absence de notice.
La loi veut voir ramper des chiens.

En ce sinistre été 2016, alors que de toute évidence la France s’enfonce dans une folie sans mémoire, contrôlée par des crapules sans foi, sans morale et sans frein, tandis que le parti dit socialiste annule toutes ses tentatives d’organiser ses universités d’été et souille Jaurès de toutes les manières, le mouvement des Nuits Debout se rassemble, lui, en forêt de Brocéliande, sur un terrain ami, les 13,14 et 15 août pour y tenir une espèce de rencontre intergalactique d’allure puissament universitaire, estivale et politique. Il reste à savoir si la justice et la loi, la police et l’État autoriseront un tel rassemblement, constitué de gens tellement civilisés qu’ils en sont encore à honorer la morale sacrée que nos mères nous ont inculquée jadis, et dont il convient, pour être moderne, de savoir se défaire – sinon Finkielkraut grimacera des « Gnagnagna. »

Puisque je vous tiens, je ne saurais trop vous recommander les paroles de la chansons Racailles du rappeur Kery James, qui serait bien inspiré de se rapprocher de ses confrères pour nous concocter une Marseillaise mieux adaptée à notre temps que celle de la première Révolution. Il en a le talent et l’envergure, et nous avons tous besoin d’un chant pour affronter ce qui arrive en tenant haut le drapeau de l’humanité. Les éloges qu’Égalité et Réconciliation lui décernent n’y changeront rien, le gars est de gauche et ça fait du bien de l’entendre. Les lyrics du titre sont par là…

 FIN

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Dans le delta de l’éphémère

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Pictopoésie. Le principe est le suivant : je prends une image, je l’envoie à un camarade poète qui m’en trouve un titre. À partir de ce titre, je déroule un texte, rimé ou non. Autres poésies disponibles (non exhaustif) : Celui-là — Le cri qu’est le silence de pierre — Halloween à la garderie d’un régime totalitaire — L’écimé axe flou. Il y en a d’autres sur d’autres blogs, dont celui d’ELP, à « Berger ».
 

Dans le delta de l’éphémère

Depuis ta naissance
Baignée de si anciens souvenirs
Et de tant d’ancêtres fragmentés
Imbriqués les uns dans les autres
Jusqu’aux lointains fonds ombreux
Des ténèbres onduleuses…

Depuis ta naissance
Si vide pourtant, et si vierge,
Tu contemples sans rien comprendre
Ce qui repose devant toi.
Il existe encore si peu de ce que tu seras.
Et ce qui est, est derrière toi.

Et cela,
À l’instant même où ton regard,
Pour la première fois s’étonne,
T’échappe.

Cela te fixe cependant,
Cela a les yeux verrouillés sur ta personne.
Mais tu ne le vois pas.
Tu regardes en avant, et tu ne comprends rien.
Ainsi commences-tu ton jeune apprentissage,
Chenille chenillante,
Toute pleine d’un appétit venu de loin.

Mais ne t’attends surtout pas à ce que ton passé,
Qui ne t’appartient tellement pas
Mais qui a saisi ta vie à son tout début
Et depuis ne la lâche jamais, jamais, jamais plus,
Ne réclame rien et te laisse indemne de commentaires.

Ensuite, le temps passant, eh bien tu composes.
Tu regardes en avant, mais aussi en arrière.
Dans le delta de l’éphémère,
En plein milieu de ton passage, là tu saisis :
Partout l’éternité rugit.
Et maints courants te font dériver.
Comment donc se porte ta volonté ?

Le temps s’enfile, le monde file, ta vie défile.

Dans le delta de l’éphémère,
Maintenant tu abordes à ta propre rive.
Au bord du gouffre qui s’élève,
Éblouissant de lumière,
Et qui t’appelle comme une aube,
Comme un tunnel dans le ciel où siège ton destin,
Tu te retournes une dernière fois.
As-tu enfin compris ce que tu portes ?

Tu as plongé ton regard dans la chaîne infinie
De la transmission des cendres et des élans.
Cela donne-t-il sens à ce que tu as vécu ?
Immense question à tourner et retourner
Tandis que tu fermes ta conscience et que tu plonges
Jusqu’aux lointains fonds ombreux
Des ténèbres onduleuses…

Mais voici que de nouveau ton cœur s’entrouvre.
Tout n’est donc pas encore terminé.
Tu t’extirpes de tes engourdissements.
Tu entends la vie qui lance de nouveaux cantiques.
Comment mourir avant d’avoir aimé ?
Voici venu le temps du soleil,
Voici ton paradis,
Voci ta liberté.
Et ton nom est enfin prononcé.

Loin du delta de l’éphémère,
Tu t’étonnes encore.
Tu as tant de fois changé de toi…
L’instant est unique, cependant :
Te voici prêt pour ta descendance,
Mon bel imago,
Et pour les siècles des siècles,
Ancêtre à ton tour,
Et belle imago.

Pendant ce temps,
Fidèles à eux-mêmes,
Les clercs grouillent comme vermine
Sur les plats préparés par les prophètes.

 FIN

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L’État contre la république

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Si le vingtième siècle a vu l’introduction du mal absolu dans l’humanité occidentale, le vingt-et-unième semble devoir commencer par l’introduction de toute l’humanité occidentale dans le mal absolu. On peut envisager que cela tienne à la déréliction de notre monde, où le christianisme a séché sur pied après avoir tué lui-même tous ses bourgeons – ce qui laisse l’être humain seul dans un monde insensé –, [et où l’islam est en train de s’épuiser sous une flambée de violence tellement en contradiction avec ses fondamentaux qu’il pourrait bien ne s’en sortir qu’en morceaux inutilisables ; ce qui signerait la faillite absolue des monothéismes récents. L’antique judaïsme ayant pour sa part l’indéniable avantage d’avoir su ne pas anathématiser toute tentative de mutation, il offre encore la possibilité d’apporter un efficace appui aux gens qui s’y réfèrent loin de tout fanatisme.] Je mets entre crochets ce fragment ci-dessus car je juge qu’il est peu pertinent, incomplet et hasardeux. Je le maintiens cependant, puisqu’il a donné lieu à un début de discussion.

Mais pour les foules, dont je fais partie, qui, n’ayant aucune espèce de croyance en quelque dieu créateur, tournoient dans la nuit, deux options restent ouvertes : celle, d’abord, de se laisser consumer par la terreur des ténèbres, qui force les esprits à ne s’inquiéter plus que d’amasser de la survie, et celle de tenir bon à protéger corps et âme l’étincelle de l’éthique, que l’on revivifie par exemple en refusant de refuser de regarder le mal en soi.

La première option propulse ses victimes dans la mort avant la mort. Pour peu qu’elles aient de la puissance financière, elles deviennent les vecteurs par lesquels le chaos s’abat : les fortunes ne sont plus colossales mais astronomiques, et la puissance qui en découle est d’échelle divine. Satan est sorti des cœurs et a pris corps ; les médias sont sa bouche et, par une singulière abdication de leur être, des centaines de milliers d’humains lui donnent toutes leurs forces : soldats et policiers, dont la population se partage entre ceux qui sont fanatiquement heureux de pouvoir nuire, ceux qui s’engourdissent pour ne pas exploser de honte, et ceux qui explosent en se faisant sauter le caisson – il est presque impossible aujourd’hui de rester digne sous un uniforme, quoi qu’on ait bien pu croire intégrer en s’engageant…

Häftling, KaPo, Lagerkommandant, tous les grades sont appelés à se soumettre à la règle du chaos, autre nom de l’ordolibéralisme. J’emploie ici des mots européens car, dans le combat des ténèbres contre l’éthique, l’Europe me semble être aujourd’hui à l’avant-garde. Après avoir, vers le premier tiers du vingtième siècle, fait allégeance, comme une grande partie de l’Asie, à « l’injustice, la tyrannie, le mensonge, l’esclavage et l’oppression des consciences » (Jung) en focalisant son agressivité sur des groupes humains déterminés, l’Europe passe aujourd’hui à la vitesse supérieure et tend à s’abattre, totalitaire, sur tous ses peuples en leur entier : voici le moment où l’esclavage et les tribulations commencent à concerner tout le monde, et non plus seulement des minorités stigmatisées. Les voleurs et les tricheurs sont partout aux commandes, et les honnêtes gens sont piétinés. La course au moins exigeant est lancée : seul le plus petit salaire aura le droit de travailler. Les autres, démunis de tout, devront se débrouiller aux marges de la légalité, sous l’œil implacable des services de répression. C’est-à-dire que va venir le règne du flicage global et de la pénurie organisée – deux traits caractéristiques du Lager. Tout se passe comme si le mal voulait ici se reproduire de manière industrielle, à une échelle encore jamais vue jusqu’à présent. Sa statue domine déjà les alentours de l’Europäische Zentralbank, et c’est la statue de l’avatar €uro, qu’on vénère en ces lieux comme on vénéra jadis Moloch. Le Lager est en train de se répandre aujourd’hui à l’échelle du continent. Les règles du Lager dominent déjà dans les zones qui ont été avalées, comme la Grèce, et l’Europe des fraudeurs cherche à les imposer, dans les espaces qu’elle convoite, par des moyens de moins en moins moraux à mesure que la résistance s’organise pour la contrer.

En ce qui concerne la France, nous voyons que cette résistance vient toujours du même petit cercle de gens à principes : celles et ceux qui ont choisi, en réponse au froid glacial des ténèbres sans plus de dieux apparents, la seconde option, complètement athée et sans espoir vain : c’est l’option qui nous fait dire que puisque la vie pourrait bien n’être qu’une petite étincelle entre deux océans de néant, dorlotons-nous les uns les autres.

Il est normal que l’État français, corrompu par les institutions ordolibérales mises en place en Europe, se dresse contre ses propres fondamentaux, jusqu’à en venir à s’attaquer ouvertement à ce qui constitue pourtant son socle : la devise de la République. Et c’est ce que montre avec tant de simplicité la fresque grenobloise de GoIn : l’État qui tue ce qui l’a nourri. Le meurtre de la mère, carrément.

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Dessin de Drer trouvé sur Twitter.

Il est normal aussi que l’État s’indigne de cette fresque : toujours les clercs ont maudit les prophètes, ou les artistes (c’est synonyme). Et moi, en ces temps où frémit l’histoire, je cherche sur les trottoirs et sur les murs les signes des prophéties pour le temps présent : les œuvres de nos artistes de rue. Elles sont sans appel : la guerre est là.

Ci-dessus : La République amochée ne se rend pas, par Prisme, avril 2016. Placard installé à Rennes, près de l’accès à la Passerelle de l’œil à Jean-François Martin. L’œuvre a été arrachée depuis par la municipalité socialiste.

Pour mémoire, je remets ici un lien vers une vidéo prophétique (tant qu’à faire) : Le plan de bataille des financiers par François Ruffin du journal Fakir.

Et si vous pensez que j’exagère en écrivant qu’en Grèce l’ambiance rappelle celle d’un camp d’internement, voici deux tweets piochés aujourd’hui dans la masse des nouvelles malcommodes qui nous arrivent de là-bas…

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FIN

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À propos des Histoires de ténèbres et de lumière

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Les couvertures de l’ouvrage.
À gauche la version papier, à droite la version numérique.

Il y a des gens qui ne peuvent faire autrement que de s’intéresser à ce qui est souterrain. Rapidement, une bonne partie d’entre eux deviennent comme des habitants de l’ombre, étant bien plus eux-mêmes dans la nuit des cryptes, et portant l’ordinaire masque au grand jour de la ville. Ceux-ci explorent ; ils font penser à ces êtres qui, soudain, décident de quitter leur sentier pour s’enfoncer dans la brousse. Voilà comment les plus passionnés deviennent rôdeurs en ces pays aux innombrables strates. Ils ne sont pas effrayés des spectacles qui montent parfois, dans leur esprit, comme d’extravagants champignons surgissant d’un bois vieux. Ils entendent ici résonner des phrases exprimées dans un langage prodigieusement ancien, éloigné des nôtres au point qu’on serait tenté de le tenir pour extra-humain. Les plus peureux des observateurs seront toujours tentés d’étiqueter ces apparitions sous le label d’atavisme, car les échos qu’elles génèrent, malgré leur puissante étrangeté, semblent toujours profondément familiers. Cela n’échappe à personne d’un peu attentif, quel que soit par ailleurs l’attrait que l’on ressent pour ces manifestations, et pour leur source.

Il y a aussi toutes ces foules qui viennent apporter la ville dans les catacombes en y organisant d’immenses fêtes ; première étape d’un filtrage qui, à l’issue de ces banales tentatives d’orgies, attire à l’ombre et aux études un pour mille de ces enfants débridés par l’alcool : celui ou celle que les ténèbres intriguent tant qu’il devient désolant de les ignorer.

Voilà le pouvoir des tunnels. Ils sont comme des portiques menant à de lointains sanctuaires. Un jour vient, cependant, où l’on n’y descend plus physiquement ; mais les études demeurent, étincelantes de mystères.

Bons ou mauvais, les artistes modernes puisent leur monnaie à même cette fontaine. Et certains se demandent : « Qui a jeté dans la vasque ces petits sous que je repêche ? » Ce qui amène à s’intéresser au phénomène de l’inspiration, et aux révélations qu’elle engendre.

Les religions monothéistes inversent l’ordre, et mettent la révélation à la source de tout. « C’est la connaissance que l’homme trouve en lui-même, avec la certitude que cette connaissance lui vient de Dieu, soit de façon immédiate, soit par un intermédiaire » nous dit le cheikh Muhammad Abduh dans sa Risâlat al-tawhîd, publiée au Caire en 1925. J’ai toujours senti que cette définition racontait aussi quelque chose de l’inspiration, ce qui pourrait en avoir fait objet de scandale chez les pharisiens de l’époque.

Dans les Histoires de ténèbres et de lumière, je brosse six tableaux de ces mondes souterrains qui, puisqu’ils sont visités par des humains, racontent les humains. De ces mondes furent retirés, comme des symboles, tous les trésors qui luisent dans la demeure des deux dames dont je parle dans l’introduction du recueil. Dans le couple de la carotte et du bâton, ces trésors sont donc la carotte.

Sous la vieille ville :

Ce morceau est une présentation rapide de ce que l’on peut trouver sous une cité suffisamment ancienne. Il est remarquable que la plupart des édifices qui s’élèvent en surface trouvent leur pendant au fond de l’ombre. Ce n’est évidemment pas une règle absolue, mais souvent à une tour correspond un puits terrible, à un temple une crypte, et les maisons des plus puissants personnages s’enfoncent loin sous le sol. En cela, la fameuse chambre secrète de marchand, dont il est question dans ce premier tableau, ne doit pas nous étonner. C’est une illustration admirable d’un grand classique : le rêve introduisant aux mondes de l’inconscient par la descente au cœur d’une maison aux multiples niveaux. Et cette illustration, creusée dans la pierre pour toutes sortes de raisons raisonnables, est presque inquiétante dans son exactitude à reproduire l’architecture de la “maison” du rêveur, qui finit toujours par faire déboucher la vision dans des niveaux souterrains aux parois brutes parfois ornées d’emblèmes et d’allégories, où gisent les débris d’un passé presque incompréhensible, et d’où giclent parfois des émotions d’une puissance souvent insupportable au premier abord. Je signale que la chambre secrète de marchand dont je parle dans ce texte existe réellement, et c’est pourquoi je la dis admirable : car voici une confirmation éclatante de la validité du principe de l’analyse, créée en toute inconscience par des gens qui vivaient avant la naissance des premiers explorateurs modernes de la psyché. Le fait que ce soit le géant Colin qui soit représenté sur les parois est une savoureuse trouvaille du maître de maison, une belle inspiration que je laisse à de moins incultes que moi le soin d’interpréter. Les trois petits crânes finaux avertissent que de telles expériences sont intimes, personnelles, et ne doivent pas être éclaircies en public. Le voyage au milieu des squelettes est un conseil : tout doit être accepté en paix, car tout est pardonné. Il n’y a pas de coupable.

Le voyage aux Kerguelen :

Rien que de très clair ici. L’humain, en ses fosses les plus asséchées, ne laisse que des traces de bête de somme. Autant, au moyen-âge, l’exploitation des carrières, par son manque évident d’ambition, laissait la part belle aux ré-usages des lieux à des fins non plus travailleuses mais rêvassantes, puisque se dessinaient à travers le banc de roche des lacis de labyrinthe, si faciles à reconvertir en lieux politiques, culturels ou cultuels… autant tout ceci disparaît, au dix-neuvième siècle, au profit d’une exploitation avide du banc qui n’épargne plus rien et recomble ses propres lieux de destruction avec des gravats, des décombres, de l’ordure, en un tassement totalitaire minutieux au milieu duquel gisent, noyés dans le chaos mis en place, les pauvres restes du passage des gens pauvres, humains et chevaux à la peine dans ces galeries sans âme.

Les carrières du dix-neuvième siècle, recomblées, tassées, dynamitées, sont pour ainsi dire exposées à devenir objets d’un négationnisme tranquille – en fait, il attend juste son promoteur : il suffirait d’une extinction totale (et l’on en est diablement proche) de toute velléité à conserver un simulacre démocratique en Europe pour voir l’histoire être réécrite jusqu’en ces mines qui sont, de toute façon, aujourd’hui inaccessibles et en passe d’être complètement oubliées. Les quelques vestiges que nous en avons retirés, une fois leur contexte écarté des textes, ne seront plus alors que de tristes caractères sans mots à y associer, des pattes de mouche, des virgules de rouille que l’ennui va balayer. Au fin fond des quelques rares tunnels survivants règne maintenant une nuit glaciale, qui mène le promeneur aux antipodes de toute activité humaine encore pensable ; les visiter remet finalement quelques pendules à l’heure.

La Faction :

A contrario, dès lors que la condition d’avidité n’est pas remplie, le creusement du banc, en laissant intactes de grandes portion de roches, délimite des secteurs dont l’ancienneté peut être estimée par divers caractères (traces de coups des outils, graffiti), ce qui autorise les gens qui travaillent là-dedans à investir certains des lieux où l’extraction n’a plus cours pour de nouveaux usages. Le choix d’un lieu particulier est déterminé par l’analyse de son organisation spatiale, son éloignement ou au contraire sa proximité des tunnels plus fréquentés. C’est ainsi que, dans La Faction, j’évoque un de ces endroits, retirés au plus profond d’une taille sous une campagne provinciale ; un endroit où, apparemment, les ouvriers aimaient à se rassembler pour y manger à leur aise, loin des figures de l’autorité. Ce lieu exceptionnel, le « Coin des cancres », présentait toutes les caractéristiques requises pour être l’hôtel où s’abritent les désirs, les attentes et les rêves des petites gens qui travaillaient sous le plateau. Les murs y sont couverts de dessins ou de slogans, de noms, de symboles, de listes. Tout ce qui ne pouvait exister que temporairement dans les ateliers d’extraction des carrières du dix-neuvième siècle parisien existe ici encore, et ne s’effacera qu’avec le souvenir de l’emplacement des galeries d’accès. Dans cet endroit, on ne sent plus le glacé des ouvrages exécutés sans esprit ; tout y est chaud, toute l’humanité y chuchote encore, et le petit soldat polychrome intitulé « La faction » y monte la garde et la montera jusqu’à ce que ce morceau de continent retourne se fondre sous la croûte terrestre, dans quelques centaines de millions d’années. C’est donc un endroit où parlent les ancêtres.

De tels sanctuaires ne sont pas à l’abri des souillures. Un puits d’aérage y apporte, depuis les champs de la surface, non seulement un peu d’air et de lumière, mais aussi toutes les saloperies que déversent dans le trou les gens incapables d’assumer les conséquences lointaines de leurs choix. Nulle fosse, malheureusement, n’est à l’abri de servir de lieu de refoulement, où peuvent en toute mauvaise conscience s’étouffer jusqu’aux amours. Un vieux chien en fait ici les frais, qu’une ordure avait balancé par l’ouverture en surface. D’autres fois ce sont des bidons de produits dangereux. Dans notre tête, ce sont comme ça des mots qu’on enfouit, des scènes. « Je n’ai plus envie de répondre » dit le narrateur à la fin.

La rivière du Géant :

La nouvelle tourne en spirale autour d’un cœur mythique souterrain, celui d’une divinité mineure de Crète assise sur une manifestation surnaturelle qui, dans toutes les cultures européennes, a trouvé son avatar. Lieu de culte depuis les temps minoens, la grotte qui abrite cette divinité a été investie par les villageois qui en ont fait un abri de fortune aux jours de guerre et ont déposé leurs morts suppliciés dans une tombe au plus près du Klabautermann qui y monte la garde. Un rite d’entraide et de charité achève de maintenir en vie la magie qui s’est transmise ici d’âge en âge.

Le personnage principal est une scientifique ; elle représente la conscience raisonnante et apollinienne. Elle s’enfonce dans cet antre terrifiant et va jusqu’au bout des frayeurs qui y abondent ; ce faisant, elle gagne une compréhension fine de l’assemblage de férocité et d’humanité qui agit là depuis des millénaires, et accepte la représentation qu’on s’en joue à l’extérieur. Elle confirme donc le rite. Comme l’a senti Hölderlin : quand le péril croît, croît ce qui sauve.

L’Équinoxe :

Voilà bien une grande utopie. Pour ne rien vous cacher, il s’agit ici simplement de la description d’un songe, dont le thème apparent semblait être l’arrivée de la lumière dans les ténèbres. J’avais donc tout noté, car je suis friand de ces récits de voyages introspectifs, surtout quand il s’agit des miens. Plus tard, en confectionnant ce recueil, il m’a semblé amusant d’y insérer ce rêve, où tout semble minutieusement réglé comme une machine domptée. On baigne dans la sagesse, c’est admirable.

Il s’agit donc ici de l’équinoxe de printemps, où la ville et le soleil rendent visite aux ombres et à leurs formes. Il serait curieux d’imaginer le pendant, avec l’équinoxe d’automne, où les ténèbres sortiraient du puits pour se répandre par les rues, en une terrible et incurable Nuit de cristal. Mais comme ce présent récit résulte d’un rêve, il faudrait alors que le second récit provienne lui aussi d’un autre rêve, et c’est ce que je ne souhaite pas, la vie ordinaire est déjà bien assez compliquée comme ça.

Le texte regorge d’emblèmes et de figures. Évidemment, c’est un peu plus qu’un compte-rendu de rêve : je l’ai retravaillé. C’est-à-dire que, puisqu’il ne présentait aucun danger (se mettre dans un tonneau et s’abandonner aux chutes est tout de même un petit peu plus aventureux), je me suis laissé glisser dans la thématique et n’ai noté que ce que l’inspiration me dictait. Ceci afin de rester cohérent. Plus tard, j’ai lu dans Jung cette phrase qui m’a bien fait sourire : « J’ignore tout à un tel degré que je vais simplement faire ce qui me vient à l’esprit. »

Comme je l’ai dit au début, j’espère bien ne jamais avoir à rêver mon Équinoxe d’automne, mais si cela devait arriver, mon dernier geste conscient serait alors de tenter de vous en faire un compte-rendu.

La seconde nef de Vaucroix :

Oui mais quand même, que se passe-t-il quand les ténèbres envahissent la surface ? Ce serait assez horrible à vivre, et rien qu’à l’imaginer on se sent frémir ; l’humour n’est alors pas de trop pour mettre un voile entre les faits et leur relation.

Dans ce récit, les ténèbres se contentent de teinter l’espace de travail ésotérique des gens qui s’y activent. Elles teintent, c’est-à-dire que tous les personnages, continuellement, baignent dans cette ambiance, qu’ils soient dehors ou dessous ; tout se passe finalement comme si ce récit se déroulait après un Équinoxe d’automne de faible magnitude. Ça sent la secte, les fariboles organisées, les rites pour contenir cela et libérer ceci, et l’aide apportée par la déesse de la famille me semble devoir couler de source. Je crois toutefois qu’il s’est glissé un piège, dans cette nouvelle. Une trappe. Mais où ? Dans le manoir ?

separateur

Pour terminer, je dirai que cet ouvrage semble ne devoir rencontrer que très peu de lecteurs. Les amateurs de souterrains sont rares, et, s’ils prendront grand plaisir à se faire ainsi remuer, ils ne trouveront pas forcément que tout ce qui est raconté est réaliste, ce dont pour ma part je suis pourtant convaincu. Les autres lecteurs, que les ténèbres n’agitent que peu, semblent devoir être sensibles à la quatrième de couverture et sont ensuite déçus du contenu : les symboles leurs glissent dessus, les appels ténébreux ne leur font aucun effet, ce qui fait que ces lecteurs restent un peu sur leur faim. Il est possible aussi qu’un certaine irritation les tienne éloignés des visions dont, pourtant, ce recueil regorge.

Car voilà : qui parle de souterrain parle évidemment de ce qu’on en voit, de ce qu’on y ressent, et par conséquent – l’occasion est trop belle – le subconscient s’invite et prend le contrôle de toute la représentation… On peut ne pas être sensible à ses charmes.

Restent les psychologues, psychanalystes et psychiatres : ils pourront porter un regard curieux sur ces histoires. L’intérêt sera moins alors pour eux de décrypter mes écritures (ils font ce genre de chose toute la semaine avec leurs patients) que de valider, peut-être, certaines impressions quant au pouvoir des souterrains.

FIN

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