Les yaourts maigres

Bel-Ami, grand journaliste peint par Guy de Maupassant. Servile et sans scrupules, il suit à la lettre les recommandations que lui dictent ses couilles, le propriétaire du journal, et ses maîtresses.

 

Aujourd’hui c’est l’été, donc pour fêter ça je vous propose un billet plein de jolies images.

Ces derniers temps, les médias « dominants » de la presse écrite française, quand ils s’occupent de politique, peuvent être divisés en deux catégories que l’on connaîtra d’après les fixations qui sont faites sur certains sujets : nous avons d’abord les médias « de droite » qui font une fixation sur les musulmans et les nantis parasites…

Thématique anti-étrangers ordinaire pour les journaux dits de droite.

Et puis nous avons les médias « de gauche » qui font une fixation sur le Front de Gauche et Jean-Luc Mélenchon, et fabriquent une extrême droite inédite en cherchant à la faire passer pour normale.

Thématique anti-rouges ordinaire pour les journaux dits de gauche.

Il y aurait bien d’autres sujets mais ceux-là dominent… ce sont les « marronniers » de la politique.

Les autres journaux et magazines politiques font partie de la catégorie très vaste des médias non dominants, car ils ne « dominent » pas en terme d’influence. Parlons donc trente secondes de cette catégorie des « dominés », qui peut elle-même se diviser en deux sous-catégories : celle qui hurle avec les loups et ne fait que suivre et collaborer (Le Parisien Aujourd’hui, Marianne, Métro…) et celle qui reste, autant que faire se peut, indépendante d’esprit, cette indépendance étant directement liée au niveau d’indépendance financière que le journal aura réussi à atteindre. Car l’on ne doit pas perdre de vue qu’un journaliste ne sert que les intérêts de ceux qui le payent – ordinairement des financiers (journalisme privatisé) ou des annonceurs (journalisme sponsorisé) ; voilà pour l’indépendance et pour l’éthique qui vient avec, le journalisme libre étant, lui, financé par ses lecteurs.
 

La fabrication de l’opinion

Les personnes qui suivent d’un peu haut la parution des journaux et magazines (Arrêt sur Images, ACriMed…) ne manquent jamais d’observer le panurgisme qui règne dans la diffusion des informations : les sujets éclosent au même moment, avec les mêmes mots, et diffusent les mêmes idées. Les musulmans sont fourbes, intégristes, voleurs, gorgés d’allocations, et leurs femmes ne sont que des pondeuses de racaille ; ils ne valent pas mieux que les Roms. Marine Le Pen n’est pas comme son père, elle représente une opposition nationaliste claire et sincère, et ses vues sont droites. Le Parti Socialiste a sombré dans le néant, le Front de Gauche n’existe que par ses postillons, ses grimaces et ses tourbillons. Tous ces gens qui manifestent ne sont pas raisonnables, ils « prennent en otage », et leurs buts sont incompréhensibles, eux-mêmes ne se comprenant pas. Finalement, le seul choix qui sera offert aux Français pour 2017 a été décidé chez Yves Calvi : cela se passera entre l’UMP et le Front National, le reste n’apparaissant même pas.

Le paysage étant ainsi clairement cadré et structuré, il appartient aux journalistes (privatisés ou sponsorisés) qui y évoluent de dire ce qu’il faut dire au moment où il faut le dire, et de surtout taire ce qui ne doit jamais être énoncé. La cohérence d’ensemble avec laquelle ces êtres sont capables de réciter un texte et d’occulter des faits nourrit évidemment le soupçon qu’ils bénéficient d’une quelconque liaison directe avec un dieu, qui leur donne ses ordres depuis un bureau occulte que les mauvais esprits imaginent planqué à Paris, place de la Concorde, du côté du ministère de la Marine, pas très loin d’un certain restaurant canin où se prépare une cuisine dont monsieur Serge Halimi a fourni la critique.

C’est ici leur prêter beaucoup d’importance. Il semblerait plutôt qu’en se répétant ainsi les uns les autres, et en surveillant qu’ils ne déplaisent pas à qui les paye, ils considèrent qu’ils ont fait tout leur travail, et que celui-ci ne doit pas aller plus loin. Madame Brooke Gladstone a trouvé la proposition qui sert de clé de voûte à cette conduite : en substance, elle prétend que « Nous ne faisons qu’écrire ce que vous voulez lire, car nous sommes votre miroir. » Le propos exact peut être lu dans La machine à décerveler, paru aux éditions Çà et Là en 2014, un très intéressant ouvrage.

« Miroir de l’opinion », le journaliste privatisé ou sponsorisé, ainsi réduit au rôle de rapporteur et de simple relais, s’abstiendra de partir à la chasse, sauf à savoir ce qu’il veut y trouver ; dans ce cas, il rapportera des sujets souvent falsifiés, où la mise en scène du « documentaire » nécessite le concours de comédiens conscients ou inconscients, que l’on manipule. Monseigneur est trop humble.

« Miroir de l’opinion », le journalisme privatisé ou sponsorisé trouvera spontanément les mêmes éléments de langage pour décrire un très petit éventail de sujets qu’il considérera avec une stupéfiante homogénéité comme « importants » : ordinairement des petites phrases, des petites fourberies, des incivilités musulmanes ou un éclat d’indignation du yéti Mélenchon, camarade de jeux du yéti Le Pen père (mais la fille, elle, elle est très bien).

« Miroir de l’opinion », le journalisme privatisé ou sponsorisé saura prévoir ce que l’opinion va opiner. C’est ainsi qu’en ce moment, il apparaît que la Russie œuvre à influencer et à fortifier les Écologistes et le Parti de Gauche dans leur combat contre les partisans de l’exploitation des gaz de schistes. Car oui, Mesdames et Messieurs, ce ne sont pas là des idées que les Écologistes et le Parti de Gauche auraient eues spontanément, elles leur ont été dictées par Moscou. On commence à voir poindre cette calomnie dans les réseaux socialistes et d’extrême-droite. L’opinion, quand elle découvrira qu’elle « pense » un tel machin, et que les Russes sont encore une fois à la manœuvre, terminera en concluant que nous autres Rouges et Verts touchons des roubles pour obliger la pauvre France à brûler du gaz oriental plutôt que national. Et quand un éditorialiste exprimera son dégoût d’une telle trahison de nos intérêts, l’opinion s’exclamera : «Ah oui alors, je suis bien d’accord ! » et les forages pourront commencer, sous la bénédiction des sondages. D’opinion évidemment.

Trouvé sur Twitter

 

C’est pas moi !

Cette histoire de roubles n’est pas nouvelle. Elle est utilisée depuis un siècle. Dans les années 1920-1930, Lu Xun, écrivain chinois de gauche, s’en étonnait déjà et se demandait comment il se faisait qu’avec tous ces roubles-or que, selon la presse, il avait touchés, il n’était toujours pas allé se planquer dans une de ces merveilleuses petites concessions internationales de Shanghai, bien au chaud dans l’univers compradore, pour y dépenser sa fameuse fortune en jolies filles et en gros banquets.

Quand il s’en étonnait un petit peu trop près d’un journaliste, celui-ci rétorquait la phrase typique de sa profession : « Ah mais je n’ai jamais dit ça ! », phrase immortelle, increvable, emblématique et plaquée or, qu’on délivre en même temps que la carte de presse. C’est bien souvent exact : le journaliste ne dit pas souvent « ça », simplement il le laisse entendre, et c’est l’opinion toute seule qui, comme une grande, soulèvera les voiles qui occultent les mots couverts, et en tirera les conclusions qu’on lui aura prédigérées.

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Ainsi le journaliste privatisé ou sponsorisé est-il innocent des fourberies qu’on lui impute. Mieux, en tant que humble « miroir » selon Madame Gladstone, non content de refuser d’endosser la paternité du missile lancé contre telle personnalité encore pas trop souillée, le journaliste (privatisé ou sponsorisé) poussera l’humilité jusqu’à s’effacer complètement pour ne restituer que ce que l’opinion « pense » : les fameuses conclusions qu’elle aura tirées…

C’est ici que jaillit la seconde phrase fétiche de tout journaliste privatisé ou sponsorisé : « Je ne fais que répéter ce qui se dit ! » Tandis qu’un journaliste libre aura plutôt tendance à dire ce qui ne se répète pas.

Raison pour laquelle on parle souvent de « perroquets » à propos de ces deux catégories de journalistes « dominants », les privatisés et les sponsorisés, qui « ne font que répéter ce qui se dit. » Ces gens prétendent la main sur le cœur ne pas avoir d’opinions ? Très bien, ce donc sont de grands magiciens, puisqu’ils font l’opinion sans en avoir. Il faudra qu’ils nous livrent leur secret.

Quand vous vous rappelez qu’avec de telles bonnes dispositions, ces grands magiciens diffusent des idées dans lesquelles les mots changent de sens, ou s’en dépouillent, jusqu’à oser commencer à répéter que le Front National est finalement la seule force de gauche valable en France aujourd’hui, vous comprendrez, pour peu que vous alliez cherchez vos informations aux sources plutôt que dans les volières, que les journalistes privatisés et sponsorisés ont pour fonction objective de touiller le cerveau des gens jusqu’à le rendre aussi fluide qu’un yaourt maigre. Et puisqu’ils sont eux mêmes des « miroirs », vous comprendrez donc, ô nos pauvres porte-paroles, que les « journalistes » qui, en vous interrogeant, vous meurtrissent avec une phrase ahurissante dans laquelle tout est mélangé, ne le font pas en pleine connaissance du mal qu’ils instillent : ils ont le cerveau touillé, et ce sont eux-mêmes des yaourts maigres.

Touillisme et maigritude sont les deux mamelles éternelles du journalisme non libre. Bazardez la télé à la poubelle, éteignez les radios commerciales ou nationales, ouvrez Internet, lisez des livres, écrivez, partagez, nourrissez le monde et arrêtez de bouffer de la merde médiatisée. Un bon cerveau n’est pas un cervelas, c’est un cerveau dur, non touillé, et pas maigre du tout. Bonne journée.

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Un commentaire pour Les yaourts maigres

  1. patcansocal dit :

    A reblogué ceci sur Blog Polémique de Pat Cansocalet a ajouté:
    le néolibéralisme, après tout, ne fait qu’offrir aux gens ce qu’il veut…

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