Le cri qu’est le silence de pierre

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ALLAN ERWAN BERGER – On m’envoie ce titre pour une image prise en Crète cet été. Comme c’est mon anniversaire aujourd’hui, j’ai décidé de me malmener en me mettant en action dans une sombre histoire.

 

Calcaire : morts sur des morts entassés.
Cimetière de multitudes amassées,
Immense foule des ancêtres concassés.

Par milliards de myriades ils reposent,
Les corps de ce petit monde,
Et la faux les dépose
En pluie lente au fond des mers,
Et s’impose.

Tant de vies simples qui ont transmis leurs chairs
De la mer à la terre, jusqu’à l’air
Lorsque gicle en cent millions d’années
(En un éclair)
Une montagne de ce calcaire cimetière
Qui n’en finira jamais de vivre,
Poussant sa matière au gré des fissures,
Perlant aux mousses des sources gouttelières,
Sous les vieux rocs des pentes forestières
Et même sous les remparts d’une cité entière
Qui s’installa jadis
À la croisée de pistes charretières
Et posa son agora sur le replat d’un col
Avec, sur les flancs, les moulins qui volent,
Leurs ailes déployées aux souffles du vieil Éole.

Aujourd’hui, sur le chemin de la cité morte,
Une mante
Se chauffe le ventre à la pierre tant piétinée
D’un seuil d’une porte d’une masure écroulée
Aplatie de chaleur au rebord de la pente
Où s’assemblait jadis,
Sur des gradins, turbulente,
La population de cette ville si récente…

Si récente !…

Et maintenant toute encombrée de chênes.

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Dieux que c’est pénible !
L’instant trépidant nous aliène
À notre propre durée,
Et la scène
De toutes nos vies passionnées,
Dans le silence épais de la pierre éboulée,
Est balayée par les hurlements des morts
Que l’enfer alluvionne
En morraines convulsionnées.

Alors, cette mante
S’est immobilisée, et me regarde.
Je fais bien attention
À bien viser.
Mon pied immense se pose,
Lourd,
Bruyant comme une colonne du temple,
Terrible comme la fin d’un enfant,
Et j’écrase gratuitement cette vie surprise.

C’est que je suis méchant,
Car le temps me terrorise.

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Sur le chemin de l’acropole.

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Lit Écrit Corrige Publie, et râle.
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5 commentaires pour Le cri qu’est le silence de pierre

  1. Tourelou dit :

    Et la mort est ce pied immense au dessus de nos têtes. …
    Jolie ce texte d’anniversaire mais je vous en souhaites un beaucoup plus joyeux.

  2. Mon Richard dit :

    Bien étrange que ce chemin parcourue. On entre dans un projet par une porte dérobée. Il y a déjà eu du monde, et il y en a encore. On nous invite. Et plus le projet avance moins l’on sait où cela va mener, mais il y a des bouts de sentier comme celui-ci où… Oui, ça valait vraiment le coup d’y aller. `
    -« Hola! Cé donc ben beau la déco par chez-vous »

  3. Ping : Dans le delta de l’éphémère | alabergerie

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