Pour Perrine…

 

2015_09_28

Voici le début d’un nouveau roman, à paraître fin 2016, dont j’ai déjà écrit au moins les deux tiers. Peut-être l’étofferai-je encore. Le titre en est : Recueil de bêtes sauvages. Cela se passe sur un continent en cours de terraformation d’une lointaine colonie terrienne. Il y a une université où l’on travaille sur les insectes pollinisateurs pour les jardins et les potagers des longs voyages interstellaires, il y a un réacteur génétique, une pénurie presque totale de mâles chez les vertébrés issus des races terrestres, et des histoires de bêtes. La grande question sera : comment les humains des colonies assument-ils leur sexualité ? Et aussi : où, finalement, règne la sauvagerie ? Je mets en scène ours, sangliers, chats et griffons, chiens des montagnes, et je ne sais trop quoi encore : jardiniers, chasseurs…


Les soirées du vendredi

Ce matin, une étudiante m’a sifflé, chose très commune dans les colonies mais qui ne m’arrive plus qu’une ou deux fois l’an. Puis elle a émis une remarque gourmande sur ma silhouette. Mais c’est qu’elle ne m’avait vu que de dos car de face c’est tout autre chose. En outre, mon visage de Bacchus confirmé cache un professeur, ce qui peut rebuter certaines personnes, mais parfois en attire d’autres à la recherche d’une figure paternelle, quelle qu’en soit la raison. Je ne consens pas souvent à de telles relations qui certes flattent la vanité, mais ne survivent ordinairement que sur des malentendus aux causes encore indétectables par des esprits aussi peu faits que ceux de nos élèves. Et rares sont à cet âge les êtres suffisamment libres pour tranquillement assumer le caractère éphémère de tels dialogues érotiques, et l’inévitable partie masquée que d’emblée ils sous-entendent.

Et puis, tout le monde ne peut vivre à Venise au temps du carnaval, car il y faut bien des sous ; le pécuniaire étant ici à comprendre comme réserve d’expérience dans laquelle puiser pour aller à la parade et à ce qui s’ensuit. Je préfère donc la compagnie des animaux et leur amitié. J’y apparais moins nécessairement cruel.

À propos de la vanité : son abord facile cache médiocrement un manque de consistance, et je suis toujours étonné de voir du monde s’en contenter. Cela me fait penser à ce que les Terriens appelaient la « barbe-à-papa », une sucrerie faite de vent, aux arômes et à l’odeur vulgaires. Je prise infiniment plus la saveur lourde et riche des aventures forestières, que cette partie du continent offre à foison. On s’y découvre, et l’on sait finalement sur quoi compter de soi et d’autrui. Le retour à la vie professorale en est grandement simplifié par des remises en perspectives sans concession. Ainsi puis-je cheminer le moins inexactement possible.

Mes journées à l’université sont toutes semblables. Réveil avant l’aurore pour faire rentrer chats et griffons. Marche jusqu’à la rivière, souvent glacée, dans laquelle je me réveille tout en écoutant la transmission du sceptre entre les animaux de la nuit et ceux du jour. Arbres et buissons émettent alors des parfums qui exaltent l’esprit et préparent le cœur au travail quotidien. Petit déjeuner, constitué de graines noyées dans des fruits en jus et en morceaux. Vient alors l’heure de ma prise de service.

Mon emploi est fait d’occupations manuelles et intellectuelles. Il est souvent pollué par des entassements imbéciles de choses à faire en urgence, et le sentiment général qui s’en dégage est alors celui d’un gâchis stupide. Heureusement, le cours que je dispense en fin de matinée m’offre d’assez bonnes récompenses : il y est question de l’acclimatation des insectes, et mon public est toujours intéressé. En effet, nombreux sont, parmi mes étudiants, ceux qui se destinent à l’agriculture interstellaire. Mes leçons sur les mutations pilotées en vue des longs vols en apesanteur, et des essais de sélection menés sur telle ou telle planète, leur seront plus tard d’une aide inestimable quand il leur reviendra d’évaluer les promesses d’une nouvelle variante d’essaim pour un voyage. Comme un minimum de deux générations d’humains en dépendent, il est impératif d’être avisé. Aussi m’écoute-t-on avec grande attention. La journée se poursuit avec la préparation du cours suivant, la visite aux ruches et aux hôtels, la paperasse au bâtiment 4, et toutes les interruptions propres à une activité universitaire menée dans un environnement raisonnablement complexe. Tout ceci laisse peu de liberté pour les vagabondages de l’imagination. Je tiens cependant les rêveries pour de nécessaires exercices de l’esprit, qui s’y affine aussi proprement qu’un chaton ou qu’un chiot dans ses jeux.

Le soir venu, retour à la rivière pour me délasser des affaires de la journée, visite aux cuisines pour y récupérer de quoi manger pour moi et mes chiens. Ceux-ci reviennent toujours fourbus de leurs aventures dans le domaine. Plus tard, je vais aux jardins réclamer un sac de mulots et reviens, la nuit tombée, nourrir mes chats et surtout les griffons, qui s’apprêtent à sortir pour une nuit de plaisirs.

J’habite au rez-de-chaussée de la Tour des vents. Si les quadrupèdes ont leur domaine dans mes appartements et dans les galeries qui circulent par-dessous, mes deux volatiles ont droit, eux, à tout le reste de l’édifice. Ils y coulent des heures joyeuses, faites de longues siestes aux fenêtres et de virevoltes dans les ténèbres du “cœur”, ce haut tube vertical le long duquel s’enroule l’escalier menant, vers le haut à l’observatoire astronomique, et vers le bas au lac souterrain et au réacteur génétique.

Quand je rentre avec mon sac de mulots, j’appelle mes troupes en tapant sur une casserole. Les chats se précipitent, s’entortillent autour de mes jambes, miaulent des airs déchirants de grands affamés. En même temps, venus des obscurités des cintres, descendent les cris sauvages des griffons en chemin pour nous rejoindre. Bientôt ils apparaissent. C’est un couple, d’un plumage blanc moucheté de gris perle aux lueurs de glacier, et dont les yeux sont teints d’un vermillon que je n’ai encore jamais rencontré ailleurs. Du reste, les pigmentiers de notre université ne s’y trompent pas. Chaque année ils m’envoient leurs apprentis pour qu’ils s’occupent quelques semaines des deux oiseaux, ce qui leur permet d’étudier le gris des plumes et surtout ce rouge extraordinaire dans lequel, en se perdant, on croit contempler les crépuscules du temps lointain des châteaux enchantés dont parlent l’Arioste et le Tasse, et qu’évoquent les anciens vins de Loire ou du Palatinat.

Ayant rassemblé mon public, je brandis le sac. Les félins se ramassent, la queue fouettant le sol. Sur les poutres mes deux griffons s’accroupissent, écartent légèrement leurs ailes, et me regardent d’un œil puis de l’autre, en une alternance rapide qui signale assez l’avide fringale qui à cet instant les envahit. J’ouvre alors mon sac et le propulse en l’air. Un panache de mulots en jaillit comme d’une fontaine. Les petites bêtes, sitôt atterries, filent en étoile autour de moi pour se réfugier dans l’ombre d’où, déjà, les chats se sont précipités. S’ensuit une curée pleine de chaos, sans un cri, remplie de fantômes noirs poursuivant des fumées, et que zèbrent les éclairs silencieux de mes deux griffons magnifiques. C’est l’heure du sang, et l’odeur des meurtres, en montant jusqu’à mes narines, m’emporte dans des souvenirs et des projets. Alors je vais chercher à boire.

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Chaque fin de semaine, le doyen a coutume de me rendre visite. Je l’accueille avec un grand feu de souche dans la vaste cheminée du rez-de-chaussée, seule source de lumière aux heures où il se présente. Dans la caverne noire de la salle voûtée, parmi les ombres de mes bêtes qui rôdent en périphérie, nous devisons. La table, petite, carrée, faite dans un chêne massif, accueille une faisane ou quelque autre sauvagine accompagnée d’une marmite de légumes en provenance des cuisines. Le vin est tiré de ma cave. L’alcool transparent et les cigares d’après repas viennent, eux, des buffets du doyen. D’autres liqueurs parfois s’interposent, nées de mes expérimentations nocturnes. Ce soir, je présenterai un flacon de mûres de récifs, petites baies hérissées de poils acérés que j’ai préparées il y a maintenant deux ans lors d’un voyage sur la côte.

Après manger, nous discutons et buvons jusqu’au renversement des lunes. Il est question des forêts du centre, là où nous avons acclimaté de nos végétaux, champignons et animaux : nos chasses précieuses, qui nous rappellent la Terre mythique des temps du premier sire de Coucy, celui du lion, et des maîtres de Chambord.

Dans la conversation se glissent alors nos souvenirs, car le doyen aussi fut un coureur de bois, et un fameux. Ce soir, nous commençons par évoquer notre première aventure en commun, dans une des avant-chaînes de la partie terrienne de notre continent. Je venais juste de débarquer sur la planète, et le doyen avait voulu d’entrée de jeu m’initier aux vies secrètes des fauves d’importation.

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C’était une nuit sans lunes, sur un vaste surplomb accroché en hauteur au flanc d’une vallée, à trois-cent mètres sous la crête : nous avions dressé le camp dans une hêtraie aux arbres immenses, certains debout, giclant droit agrippés aux failles du calcaire, d’autres abattus brisés, recouverts de mousse, et pourris à ne pouvoir les franchir sans s’y enfoncer jusqu’à la taille. Dans chaque gouffre on piétinait dans d’épais tapis de feuilles mortes, sur chaque paroi dégringolaient les fougères scolopendres, de chaque branche basse pendaient de longues barbes de lichens emperlées de bruine ; partout la nature brute de la Terre acclimatée.

Noyés dans le nuage qui s’était échoué sur la montagne, nous avions lancé le feu. Les flammes projetaient des ombres fantastiques sur la brume : qui se tenait debout devant elles engendrait, à trente mètres dans le ciel, un géant qu’on faisait danser au milieu des feuillages.

Le doyen s’était mis à appeler des griffons, et s’amusait d’avoir attiré un mâle depuis une combe lointaine où ce monsieur avait ses postes. « C’est dommage qu’on ne puisse le faire venir plus près, j’aurrais aimé vous le montrer. Le cri de celui-là est proche de celui d’un grand sacre… je me demande s’il ne s’agirait pas d’une espèce encore non répertoriée… » L’oiseau tournait là-haut, entre les branches, à hauteur des épaules du géant. Il se posait parfois, criait aux provocations de mon compagon, et reprenait ses tours. Un seul petit moment je l’aperçus tandis qu’il roulait sur le dos et nous présentait, encadrée par ses ailes déployées, la couronne rouge de ses crêtières hérissées de colère. Cela dura le temps d’une exclamation, puis la bête disparut. « Inconnu au bataillon » fut le commentaire du doyen.

« Il doit avoir eu peur du feu, dis-je. Je suis sûr qu’il en a senti la chaleur sous ses ailes… Le vol est très silencieux…

— C’est vrai, répondit le doyen. Une fois, j’avais posé mon sac dans le porche d’une grotte. Deux heures après m’être couché, j’ai entendu des grattements sur une corniche, au flanc de la salle. J’ai ravivé le feu pour voir ce qui bougeait là : c’était un griffon des roches, qui ouvrit le bec, me fit une grimace, et s’envola dans un grand silence. Nous avons voisiné pendant une semaine, lui crachant ses pelotes du haut de sa corniche, moi tambouillant mes gamelles auprès de mon feu. Je confirme : un griffon vole sans bruit. »

Je m’adossai à mon sac et attrapai la bouteille, que la nuit avait rendu froide. Je bus le vin délicieux tout en regardant, au ciel, le géant se transformer en gorille accroupi tandis que le doyen, enchanté de son presque grand sacre, se coupait une tranche de venaison qu’il mit à griller aux braises. La planète, lentement, tournait dans le sommeil ; mais nous, sous notre édredon de nuages, nous n’appartenions plus au monde ordinaire.

Cette nuit-là des singoliers nous visitèrent. C’était une espèce indigène, jadis endémique des contreforts septentrionaux du Cacushakee, qui barre d’est en ouest tout le continent. Avec le réchauffement climatique engendré par la terraformation, elle avait dû trouver un passage ouvert dans un des cols les moins enneigés, et ses tribus se répandaient maintenant sur les flancs méridionaux de la grande barrière. Chacun dans sa tente, nous écoutâmes les marmonnements de ces animaux tandis qu’ils inspectaient nos gamelles, remuaient les cendres et se prenaient les pattes dans les tendeurs, ce qui les faisait beaucoup bougonner. C’était une laie suivie, qui donnait des ordres à sa petite troupe avec un aplomb de professionnelle. L’écouter était un vrai plaisir. Cependant, l’obstination imbécile avec laquelle ses marcassins s’entortillaient les pattes dans nos tendeurs finit par devenir agaçante, d’autant plus que ces petits curieux commençaient à renifler du côté de ma tête, où j’avais entreposé toutes sortes de bonnes nourritures, et du côté des pieds du doyen, où reposait la charcuterie.

Ce dernier, au bout d’un moment, sur le ton de la conversation : « C’est pas bientôt fini, tout ce raffut ? »

Un silence stupéfait s’installa…

« On aimerait dormir. C’est pas chrétien, de faire la foire à une heure pareille… »

Ce fut une explosion de dérapages, de tendeurs sectionnés, de brindilles, de casseroles et de petits cailloux lancés en l’air. Toute la bande, haletante de frayeur, reflua vers le sentier où elle resta, interdite, à bonne distance de nos tentes épouvantables, et se mit à tourniller en chuchotant : mais comment franchir le passage ? Car oui, il faut préciser : le sol dans cette forêt était si tourmenté, si fracturé, si traître et plein de gouffres, que nous avions, sans le savoir, posé nos hardes au seul endroit plat et à peu près sincère de tout le secteur. Nous nous trouvions par conséquent en plein sur le passage des bêtes, ce qui les bloquait, et les obligeait à de laborieux détours par les roches. Toute cette nuit, et les suivantes, nous entendrions le bois craquer autour du camp, les pattes déraper dans les fissures, et les singoliers, nuit après nuit, sur le coup de une heure à l’aller, et de quatre heures au retour, nous maudiraient en langue cochonnesque, nous et notre vicieuse idée de camper juste sur la voie.

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Deux-cent mètres plus bas en altitude, et cinq jours plus tard, nous avions aussi attiré du monde avec nos gamelles. C’était, évidemment, intentionnel, car nous avions à cœur de perturber la vie sauvage avec des tentations culinaires, pour en découvrir peut-être des aspects qui sinon auraient risqué de nous rester secrets, n’ayant eu le temps ni le doyen ni moi de nous lancer dans une expédition de longue durée, seule à même de nous faire pénétrer en discrétion dans l’intimité de la montagne.

Nous campions, chacun dans sa tente selon notre habitude, au mitan d’une combe au sol tout assoupli d’un confortable tapis de feuilles mortes, avec une source à vingt minutes en contrebas. C’était le matin vers cinq heures, dans la lumière nacrée d’un jeune sous-bois pas encore bien fourni, et quelque chose m’avait réveillé.

Ça remuait casseroles et timbales, ça piétinait les fourchettes, juste de l’autre côté de la toile. De gros pas lourds, qui soulevaient des gerbes de feuilles, comme un cheval qui examine. Très silencieusement, je sortis à moitié de mon sac de couchage, armai mon appareil photo, et entrepris d’ouvrir le plus furtivement possible un petit bout de ma portière de tente.

Le chariot de la fermeture-éclair grimpa lentement, dent après dent, en cliquetant au passage… Juste en-dessous, prêt à bondir, se tenait tapi le gros œil écarquillé de mon appareil. Mais un petit bruit que je fis alerta l’animal qui n’attendit pas de comprendre, fit volte-face, démarra à fond de train et s’enfuit jusqu’en haut d’une butte, d’où il poussa des hurlements rageurs, parfaitement démesurés vu le peu d’offense, et qui me terrorisèrent. Quel fauve pouvait ainsi rugir, et si longtemps à chaque fois, pour une aussi petite cause qu’une fermeture-éclair ? Un solitaire ? Mais quel solitaire ? Un vieux singolier noir bien malsain, bien ravagé d’amertume ? Ou quoi d’autre ?

J’étais encore jeune à l’époque, et ce qui se passa ensuite fut, je pense, ma première leçon de maîtrise de soi.

Pantelant, le cœur en folie, j’écoutais le diable là-haut. Puis la bête chargea. Je me jetai sur mon coupe-lianes, une lourde machette en acier noir que je brandis, accroupi, décidé à lacérer le premier museau que je verrais traverser la tente. L’autre se rapprochait à grande vitesse ; le son de ses foulées, toujours plus fort, ébranlait ma détermination, et la lame, au bout de ma main, se mit à vaciller. Plus que dix mètres, peut-être ! Mais le doyen, que le hurleur avait dérangé dans son sommeil, se retourna dans son sac et entreprit de bâiller. Cet horrible son arrêta net le monstre, qui freina des quatre fers et s’enfuit derechef, tout en poussant d’affreux cris tourmentés que les bois, toujours complaisants, entreprirent d’amplifier. Les échos de ses imprécations roulèrent longtemps dans la montagne.

J’avais entendu, au milieu de la fuite, remonter la fermeture-éclair de la tente voisine. Puis il y avait eu un « Oh ! » d’innocent aux mains pleines, qui avait vu tout de ce que je n’avais pu voir. Piqué de jalousie, je me précipitai sur ma propre portière, et la remontai d’un grand coup. Au loin, quelques branches achevaient de retomber. À deux pas de mon nez, sur le sol, trois ornières et demie signalaient le départ précipité du visiteur, lorsqu’il s’était effrayé, la première fois, de mon petit bruit. Puis je découvris une casserole enfoncée, irréparable ; ensuite un feu piétiné, et, à dix mètres, deux sillons profonds. Alors le doyen : « J’ai vu le cul d’un ours. C’est un bon présage, la journée s’annonce féconde. Avez-vous bien dormi ? »

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Dehors le vent ronfla, les volets claquèrent et la nuit d’automne se mouilla de pluie. Des argoniums oubliés sur un appui de fenêtre commencèrent à trembler, et la lune Perle, qui les éclairait entre deux nuages, envoya leurs ombres supplier, sur le dallage de la pièce, qu’on voulut bien les faire rentrer. « Ils vont prendre la mort à rester comme ça… Je vais les chercher. » Je chaussai des bottes, enfilai un ciré et partis sous la pluie sauver mes plantes tropicales. J’en profitai pour fermer les volets.

Je revins mouillé de pluie, couvert de terre et tout décoiffé sous ma capuche, les bras en corbeille tenant cinq pots. Derrière moi, au loin dans la forêt, une bête hurla. La porte, fermée d’un coup de pied, renvoya ce cri au diable.

« Il y a des loups, maintenant, dans notre bois ? » s’étonna le doyen. Je vis qu’il souriait. « Encore une de vos chiennes, je présume ?

— Il m’en manque une en effet, qui n’est pas rentrée ce soir au chenil. Elle était gravide. Elle sera retournée en forêt pour mettre bas.

— Retournée, dites-vous ?

— J’ai bien vu, hier, qu’elle avait passé la journée sur le plateau. Elle en avait ramené les parfums et de certaines herbes qu’on y trouve. Je pense savoir où elle est.

— Est-ce habituel dans votre troupe ?

— Tout à fait. Les femelles ont leurs habitudes là-haut. Demain, j’irai avec deux ou trois jardiniers pour la retrouver et inspecter les chiots.

— Elle vous laissera les approcher ?

— On verra. C’est un patou, un chien de montagne qui sait faire face aux fauves. Elle me respecte si je la respecte. Mais elle sait que nous ne sommes jamais une menace. »

La lueur des flammes jouait parmi les voûtes et allumait, au cristal de nos verres, des éclats solaires dans lesquels le vin se gorgeait de royauté. Le temps était venu de se taire.
 

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À SUIVRE…

FIN

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3 commentaires pour Pour Perrine…

  1. Un excellent début qui appelle la suite !

  2. sittingbull32 dit :

    L’Arche de la Bergerie en quelque sorte!

  3. Ping : Recueil de bêtes sauvages (II) | alabergerie

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