Le mépris

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Voici quel est l’état de la rivière Vilaine à Rennes, en amont du bief de centre-ville. Après avoir été un égoût puant, qui a produit des millions de bulles de méthane tout l’été, interloquant les ouvriers du puits Duhamel qui soupçonnaient là les effets du tunnelier tout proche (à Rennes on creuse une seconde ligne de métro qui passe sous la rivière), voici que la Vilaine s’enlise d’une boue verte d’algues microscopiques, des Cyanophycées empoisonnées, sur lesquelles pullule en radeaux infects la Ludwigia, ou Jussie, une plante envahissante qui tue tout ce qui vit dessous. Les premières sont le signe certain d’une eutrophisation terrible de la rivière (l’eau est chargée de nutriments, phosphates, nitrates) ; les secondes, en se répandant partout sur cette bouffe, cachent la lumière, piquent l’oxygène et la nourriture, et désertifient les fonds qui n’étaient déjà pas grandioses.

Plus aucun pêcheur, évidemment, n’ose venir tremper ses cannes dans cette sentine.

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La faute en est connue avec certitude. Elle en revient à quelques industriels de l’agroalimentaire, installés en amont, et dont on sait parfaitement les noms ; mais les autorités s’abstiennent de constater que ces fumiers ne respectent pas les lois environnementales les plus élémentaires. Alors, que voulez-vous, ils polluent sans retenue.

Quant à la municipalité de Rennes, qui est tout de même ce qui se fait de plus gros en matière de personne morale située en aval, elle s’abstient – c’est tellement socialiste ça, de s’abstenir. Alors rien ne se passe, et l’adjoint à la propreté publique, un politique dont on fera mine de croire qu’il est sincère, fait ce qu’il peut avec ce qu’il a pour effacer les résultats visibles de cette pollution énorme qui fait, de la Vilaine et de sa voisine la Seiche, les deux rivières les plus dangereuses de France. La mairie s’abstient, elle aussi… Mais elle sait frapper sur qui proteste, on l’a vu tant de fois cette année.

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Ah, mais c’est qu’à Rennes, vivre en intelligence trouve vite ses limites. Lorsqu’en milieu de semaine dernière, des usagers et des employés de la Poste sont venus manifester contre la fermeture programmée de neuf bureaux (putain, neuf bureaux !) dans la ville, et qu’ils ont apporté à la maire Nathalie Appéré la plus récente vague d’une pétition citoyenne réclamant l’arrêt pur et simple du massacre, eh bien Madame la maire a ordonné de fermer les portes.

Mais oui, les portes de la mairie ont été fermées au nez de la délégation. Puis la maire a fait fermer les fenêtres. Mais oui, au balcon de la mairie, les fenêtres se sont rabattues : clac, cloc, cric. Et les employés des bureaux du rez-de chaussée jetaient par les vitres condamées des regards désolés à la foule qui, dehors, essuyait cette humiliation.

Alors voilà. La rage s’embacle comme s’embaclent en rivière les déchets de la vie moderne, les morts de la pollution, les ordures industrielles que les autorités s’acharnent à refuser de voir pour ne pas avoir à faire respecter la loi. Et quand on crie pour que cette pauvre loi soit simplement respectée, et qu’on défile pour que la morale, la morale sacrée que nous avons tétée quand nous étions tout petits, entre nos mères et les assistantes maternelles de la petite école, quand on crie pour que cette morale qui est le ciment de notre société soit pour une fois respectée, les flics nous insultent, ils nous sifflent des paroles de haine et de mépris, ils chargent nos banderoles, ils nous comparent à Daesh, ils nous tabassent, ils nous coincent et nous torturent tandis que politiciens et journalistes font mine de nous prendre pour des émeutiers. Et toutes ces insultes de la flicaille, et tout ce mépris de la racaille politique, tout ce poison des médias corrompus, tout cela forme radeaux, barrages et décombres, et sera vomi. Les plus polis d’entre nous feront ça dans l’isoloir des prochaines élections, et les autres déverseront leur foutoir dans la rue. Dans la rue ! Dans la rue, comme ils le font déjà, un peu, presque symboliquement encore, avec leurs pavés, leurs canettes et leurs bouts de plastique.

Car le mépris, ça se paye en haine. Nulle autre monnaie n’est plus acceptable. On vous poursuivra, tas de pourritures, et il vous faudra donner enfin à vos flics, ces sous-hommes qui n’attendent que ça, la joie sans mélange de pouvoir nous tirer dessus à balles réelles. Eux, qui ne savent pas résister à un forcené armé sans se pisser dessus et appeler le RAID, ils pourront enfin faire les fiers.

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Voilà où en est la France. Et la rivière Vilaine en est une image parfaite : un pourrissoir tellement encombré que les oiseaux marchent dessus pour en picorer les ordures que transporte cette lave verte ennemie de toute existence respectable.

Je vous chie à la gueule, politicards ; en 2017 je ferai tout pour que vous dégagiez. Je ne suis plus soumettable. À bon entendeur, salut et fraternité.

FIN

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A propos alabergerie

Lit Écrit Corrige Publie, et râle.
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2 commentaires pour Le mépris

  1. Arthurin dit :

    De LO au FN ils sont TOUS d’accord sur un point : le parlementarisme représentatif (oui, cette représentativité antinomique de la démocratie, celle-là même) ; avec révocation des élus (à mi mandat, ça laisse du temps…) pour les uns, avec proportionnelle pour les autres ; mais tous d’accord sur le fond du fond.

    En 2017 ou en 2022, ils seront encore là.

    J’aimerai croire que nous ferons tout ce que nous pourrons pour les foutre dehors mais je crains fort que nous souffrions de carence stratégique chronique (https://redvolted.wordpress.com/2016/06/08/carence-strategique-chronique/).

    Salut à toi, camarade.

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