La petite fontaine…

Troisième volet des voyages en Grèce méridionale. Nous faisons un tour en Crète !

La petite fontaine vénitienne
près de Saint-Titus

Héraklion. Un amoncellement de bâtiments disparates, un lacis de rues encombrées, des entassements de monuments défaits et refaits, souvent réutilisés à des fins différentes, convertis et parfois même subvertis mais toujours dignes : cette ville si vivante n’en finit pas de se dévoiler. Byzantine, arabe, byzantine encore puis vénitienne, ottomane, grecque enfin, elle a connu des destructions de toutes sortes : tremblement de terre à la fin du dix-neuvième siècle, occupation allemande au milieu du vingtième, crise d’urbanite sous la junte qui pulvérisa maints édifices magnifiques pour y implanter du béton de rapport. Aujourd’hui la ville souffle et se débrouille comme elle peut pour se construire sur elle-même tout en respectant du mieux possible les traces de ses passés divers, et les reliques de ses vieilles plaies.

L’église Saint-Titus en est un exemple. Auparavant, elle se trouvait à Gortyne mais les Arabes la détruisirent au neuvième siècle. Temple et trésor furent alors déplacés à Héraklion dans un bâtiment que l’on fit à trois nefs, dans le style des basiliques paléo-chrétiennes de l’île. Propulsée métropole de l’évêché de Crète, l’église fut transformée en mosquée sous la période ottomane. Elle perdit son clocher, gagna un minaret. L’apôtre Titus, dont on affirme évidemment qu’il descendait de Minos, y avait sa tête, qui faisait partie du trésor. Celle-ci prit le bateau pour Venise, loin des vilains Turcs. Puis le grand séisme de 1856 détruisit l’édifice. On rebâtit celui-ci sur un plan carré, avec une coupole centrale. Le chantier durera jusqu’en 1925… Enfin la tête revint en 1966.

Il y a, sur le flanc sud-ouest de l’église actuelle, une fontaine. Elle n’a pas l’honneur de faire partie de la liste des fontaines célèbres, turques ou vénitiennes, dont s’enorgueillit la ville. Elle est pourtant, à mon avis, une des plus agréables à contempler. La petite place qui lui sert d’écrin, ombragée de palmiers, s’adosse à l’arrière du bel hôtel de ville. La fontaine chante au milieu, dressée dans une modeste vasque au parapet ondulé, qu’entoure une sage balustrade en fer forgé gris pâle.

Qu’elle est humble cette fontaine ! C’est un champignon à deux étages, avec un pipi vertical qui retombe dans la corolle du haut. L’eau en ruiselle, et le chant de cette eau sous l’ombre douce de la végétation est quelque chose qu’on emporte avec soi à travers les années.

En fait, c’est un pansement, cette fontaine. Elle soulage, elle suspend les soucis, elle délasse. C’est une fontaine infirmière.

Et ce n’est pas tout ! À quelques pas en direction de l’église, un robinet sort d’un amusant petit édicule taillé dans un calcaire d’un crème doux, et que protège un laurier-rose. C’est un chalet en pierre sculptée, avec son toit à deux pentes et une façade à trois arcades, que décore en bas-relief un entrelacs végétal. Sous le robinet se tend une vasque creusée dans un calcaire plus dur, plus blanc, de ce calcaire que, dans le pays de Marseille, on appelle « la pierre froide ». Et le robinet brille, bien astiqué, tout cuivré-doré, tout chaud à voir au-dessus de cette pierre froide. À regarder cette façade, on pense un peu à Pinocchio lorsqu’il a fini de mentir et que son nez débande.

 

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