Tirer vengeance

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Un bel autocollant pour signer un forfait, il n’y a bien que les décérébrés pour trouver ça fin.

Voilà trois fois en quelques jours que le local du Parti de Gauche d’Ille-et-Vilaine a été vandalisé. Quelques animalcules ont trouvé astucieux de casser des vitres, taguer des croix facistes et laisser leur signature : Jeunesses Nationalistes, un groupe interdit dont certains cadres viennent du « premier parti de France » – après celui des abstentionnistes bien entendu. Ces petits coquelets ont aussi brisé le compteur EDF, ce qui fait que les militants ont maintenant l’électricité gratuite.

Je me suis rendu compte qu’au-delà du fait que tout le monde au PG trouve inacceptable une telle attitude, personne n’en est venu à vibrer de haine et d’indignation. En fait, les gens semblent un petit peu s’en foutre : certes, saccager un local ce n’est pas bien du tout, mais c’est tellement nul que l’indigence même du procédé le dévalue, et du coup personne ne se sent humilié ou victime d’une injustice insupportable. On en ricanerait presque.

Et voici que cet événement me rappelle qu’il fut un temps où j’avais compté que les humains, face aux crimes et aux attaques perpétrées par des hors-la-loi, se disposaient en trois catégories :

  • Le tout-venant ne songe pas vraiment à se venger, et parfois n’en vient même pas aux grandes déclarations, pour ne rien dire des actes. C’est la grande majorité du peuple, pacifique à défaut d’être pacifiste, que toute idée de vengeance organisée fatigue, et qui trouve en plus que ce genre d’entreprise salit l’esprit de ceux qui s’y abandonnent. Ce qui ne veut pas dire que le peuple pardonne : simplement, il ne se venge pas. Mais on ne devra pas chercher à lui ôter sa faculté de ne point pardonner.

  • Il y a ensuite des gens dont les paroles dénotent un caractère un peu fier : ceux-là réclament vengeance autrement qu’en allant déposer plainte au commissariat, et il est impossible de les contraindre à pardonner. Mais, en France, ils ne font pas grand chose au bout du compte.

  • En fait, personne n’a envie de pardonner. Mais il y a une dernière catégorie d’êtres humains qui, elle, clame partout qu’il « faut savoir pardonner. » Ce sont « les assassins et leurs sbires, ceux qui, en secret, boivent le sang et dévorent la chair de l’homme » (Lu Xun, 1936).

Victimes, faites bien attention à qui vous parle. Celui qui vous reprochera votre intransigeance, à vous qui ne vous vengez même pas de l’offense, examinez bien sa vie : vous y trouverez immanquablement du mensonge, de la rapine, du sang, de l’injustice. Et sans doute aussi découvrirez-vous que ce moralisateur en plastique dispose d’un petit emploi douillet dans le clergé, la politicaillerie, ou une quelconque milice autorisée.

Bien entendu, il y a une intersection non vide entre le groupe de ceux qui exigent le sang et le groupe de ceux qui proposent le pardon.

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Une gravure de Jacques Callot. D’une manière générale, cliquer sur les images amène au fichier source.

 

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